Mohamed Aziz Baccouche est spécialiste en ingénierie et en management des systèmes d’information. Il est expert en business process outsourcing (BPO) ainsi qu’en information technologie outsourcing (ITO). C’est le premier Tunisien à avoir élaboré une stratégie de développement de l'outsourcing en Tunisie, début 2008. A ce titre, il a été complimenté par M. Montassar Ouaïli, PDG de Télécom Tunisie, auquel il a remis un exemplaire de son étude.

Diplômé en troisième cycle de l'école de commerce HEC Lausanne, il est aussi membre du Centre de compétences en matière d’outsourcing et d’offshoring, sous la direction de Pius Bienz, associé chez Accenture, et Professeur émérite à l’Université de Lausanne. Cet organisme de référence en la matière porte, selon notre interlocuteur, un intérêt manifeste aux pays d'Afrique du Nord et à la Tunisie en particulier.

Webmanagercenter: Pouvez-vous nous présenter le concept de l’outsourcing ?

Aziz Baccouche: Le concept d’externalisation des services, né aux Etats-Unis dans les années 1970, prend des appellations différentes selon les secteurs d’activités.

En effet, on parle «d’infogérance» dans les métiers de l’informatique mais on pourrait aussi rencontrer d’autres termes dans la littérature qui traite de ce sujet, tels que «l’impartition», la «cotraitance» ou encore les «facilities management».

De ce fait, bien qu’il soit couramment employé dans le milieu des affaires, la compréhension de ce concept est loin d’être évidente par les managers qui ont tendance à le confondre avec la sous-traitance, le downsizing ou même le reengineering.

Afin d’éclaircir et de cerner ce concept, comment pouvez-vous définir l’outsourcing ?

Parmi les définitions qui ont été citées dans plusieurs ouvrages et articles de recherche, celle donnée par Jérôme Barthélemy, Professeur à l’ESSEC à Paris, et Pius Bienz, Professeur émérite à HEC Lausanne et consultant international en outsourcing et offshoring, nous semble la mieux appropriée et la plus complète. En effet, ceux-ci considèrent l’outsourcing comme «le fait de confier une activité et son management à un fournisseur ou à un prestataire extérieur plutôt que de la réaliser en interne».

De là, nous comprenons que l’outsourcing, en français «externalisation», fait partie d’une nouvelle stratégie d’organisation des entreprises qui consiste à se focaliser sur le cœur d'un métier, en transférant tout ou une partie d’une fonction non stratégique à un ou plusieurs partenaires externes.

Quelles sont les différentes typologies de cette industrie ?

Plusieurs typologies d’externalisation ont été données, notamment celles citées par Pr Pius Bienz qui a focalisé sur les types d’activités externalisées, le nombre de partenaires de l’entreprise externalisatrice, et l’emplacement géographique des prestataires de services. En considérant le premier critère, l’externalisation ou «outsourcing» pourrait être décomposée en trois principaux sous-types, à savoir l’outsourcing des services de technologies de l’information (ITO), l’outsourcing des processus business (BPO) et l’outsourcing des processus de connaissances (KPO).

En se basant sur le second critère, on distingue, en revanche, le «mono-sourcing» dans le cas d’un seul prestataire de service externe, et le «multi-sourcing» dans le cas d’un nombre de prestataires externes supérieur ou égal à 2.

Enfin, en se focalisant sur le troisième et dernier critère de cette classification, nous distinguons les concepts «d’Onshoring», de «Nearshoring» et d’«Offshoring».

Pouvez-vous nous préciser la distinction entre les phénomènes de l’offshoring et du nearshoring ?

L’externalisation offshore est un sujet d’actualité qui a donné lieu à des débats passionnés lors de la campagne présidentielle américaine de 2004, étant donné la sensibilité des domaines qu’il touche, spécialement celui des hautes technologies.

Issu du vocabulaire pétrolier, le terme «offshoring» (délocalisation) s’applique à toute opération d’externalisation réalisée hors du pays d’origine de l’entreprise externalisatrice. Si l’offshoring est encore souvent assimilé aux activités de production, il touche, d’après Barthélemy, de plus en plus les activités de services.

Par ailleurs, on parle d’offshoring de services dans le cas où le pays où on y externalise des services est loin aussi bien géographiquement que culturellement du pays où se trouve l’entreprise externalisatrice.

Comment pouvez-vous alors définir le phénomène du nearshoring ?

L’externalisation nearshore ou «nearshoring», à la différence de l’offshoring, est le fait d’implanter une activité économique dans un pays proche du pays d’origine aussi bien géographiquement que culturellement. Citons l’exemple de l’Afrique du Nord pour une entreprise française.

Pour revenir au concept général de l’outsourcing, dans quel contexte est née cette notion?

Face à une forte croissance des services marchands aux entreprises et à une imbrication de plus en plus forte entre les métiers de production et les métiers de services, ces dernières n’ont guère plus le choix aujourd’hui que de se recentrer elles aussi sur leurs métiers de base, c’est-à-dire là où elles disposent de compétences internes avantageuses.

C’est dans ce contexte qu’est apparue la nécessité de recourir à l’outsourcing. En effet, en confiant à des prestataires externes une partie de ses activités, l’entreprise tend à assurer sa pérennité face à une concurrence rude et intense ainsi qu’aux exigences d’une clientèle souvent volatile.

Quels sont, d’après vous, les autres avantages de l’outsourcing ?

En recourant à l’outsourcing, l’entreprise, outre le fait de se recentrer sur son métier principal, développera davantage ses capacités d’innovation et de recherche.

Ce faisant, elle sera toujours en mesure de mieux gérer les fonctions critiques qui sont les siennes dans un marché où la demande exerce chaque jour sa pression. D’où la recherche d’idées novatrices et de positionnement performant, quitte à nouer des alliances et des liens de toutes natures entre les acteurs de l’économie du XXIème siècle.

Quel est le rôle des TIC dans le développement de cette notion ?

Grâce aux technologies de l’information et de la communication qui se sont développés depuis la fin du siècle dernier, l’entreprise sort de son périmètre classique en externalisant ses services -ou fonctions- périphériques comme les services généraux, la logistique et les ressources humaines…

Evidemment, elles le font sans tapage ni ostentation, par souci, sûrement, de préservation d’une certaine image et de prise en compte des impératifs de la paix sociale.

Ceci est d’autant avéré que les hommes politiques se mêlent au débat suscité par cette nouvelle approche des systèmes d’information qui constitue, désormais, une méthode de management consacrée par convergence de la mondialisation des échanges et l’évolution des technologies informatiques.

Mais comme l’enjeu est d’importance puisqu’il est en rapport avec le devenir d’une société en mutation notamment au niveau des emplois très qualifiés et des hautes technologies, il est indéniable que les Etats puissent définir, par le biais de la loi, les contours du nouveau champ sans cesse élargi de l’externalisation.

Celle-ci, naguère méconnue, est désormais une question d’actualité et qui revêt, pour les entreprises comme pour les pays, un caractère urgent.

Quel est l’état des lieux de l’outsourcing en Tunisie, et qu’en est-il de la situation dans le monde ?

L’outsourcing est un mouvement qui est visible depuis 2004. «Des pans entiers de l’économie mondiale se modifient rapidement à cause de l’offshore», selon Luc FAYARD de la revue 01 Informatique.

Amorcé aux Etats-Unis, ce mouvement s’est très vite développé. Peu de pays peuvent y échapper. Selon McKinsey Quarterly, 40% des 500 premières entreprises européennes ont commencé à délocaliser une partie de leurs opérations.

Par ailleurs, si l’on sait que les services représentent aujourd’hui près de 20% du commerce international et que le taux de leur croissance est autour de 6%, donc supérieur à celui du PIB mondial, l’on est en droit de s’attendre à un renforcement de cette tendance.

Au total, l’on peut affirmer que grâce aux technologies de l’information et de la communication (TIC), l’externalisation va générer une intensification des échanges mondiaux de biens et de services.

Quels sont les différents secteurs touchés par l’industrie de l’outsourcing ?

On peut distinguer différents domaines touchés par les secteurs du nearshoring et de l’offshoring, notamment ceux à forte valeur ajoutée, forte croissance et fort potentiel de développement, parmi lesquels nous pouvons citer : le développement de logiciels, la maintenance applicative et corrective, les solutions ASP, l’hébergement externe, l’ingénierie des réseaux, la gestion des plans de reprises d’activités, l’intégration des systèmes d’informations, les services de traitements, l’outsourcing RH, la gestion des relations avec les clients.

Source: webmanagercenter.com

Propos recueillis par: Imededdine Boulaaba